Le terme "tendinite" est aujourd'hui largement remplacé dans la littérature scientifique par celui de tendinopathie, un changement qui n'est pas anodin. Il reflète une meilleure compréhension de la pathologie : dans la grande majorité des cas, il ne s'agit pas d'une inflammation aiguë, mais d'une dégénérescence progressive du tissu tendineux.
Ce qui se passe dans le tendon
Des études histopathologiques (Maffulli et al., 2004) ont montré que les tendons douloureux chroniques présentent une désorganisation des fibres de collagène, une augmentation de la substance fondamentale et une néovascularisation anormale — mais peu ou pas d'infiltrat inflammatoire. Ce processus est appelé tendinose.
Cook et Purdam (2009) ont proposé un modèle en trois stades : tendinopathie réactive, tendinopathie en échec de remodelage, et tendinopathie dégénérative. Comprendre à quel stade se trouve le patient est essentiel pour adapter le traitement.
Pourquoi ça dure ?
Plusieurs mécanismes expliquent la chronicisation. D'abord, la charge mécanique inadaptée : un tendon soumis à une charge trop importante (surcharge soudaine) ou trop faible (déconditionnement) ne se remodèle pas correctement. Les tendons ont besoin d'une charge mécanique optimale pour synthétiser du collagène de qualité.
Ensuite, la biologie du tissu tendineux est lente. Le renouvellement du collagène tendineux est estimé à plusieurs mois voire années (Heinemeier et al., 2013). Cela explique pourquoi les tendons guérissent lentement et pourquoi les rechutes sont fréquentes si la charge est réintroduite trop vite.
Enfin, la sensibilisation centrale peut amplifier la perception douloureuse indépendamment de l'état local du tendon, rendant la corrélation entre image échographique et douleur parfois faible.
Quel traitement ?
Les données actuelles convergent vers le renforcement excentrique et isométrique comme pierre angulaire du traitement des tendinopathies (Beyer et al., 2015 ; Rio et al., 2015). Le programme de Alfredson pour le tendon d'Achille ou le protocole de Kongsgaard pour le tendon rotulien sont des références validées par des essais cliniques.
Les infiltrations de corticoïdes peuvent soulager à court terme mais ont montré des effets délétères sur la structure tendineuse à long terme (Coombes et al., 2010). La kinésithérapie, axée sur la gestion progressive de la charge, reste le traitement de référence.
Cet article s'appuie sur des données issues de revues systématiques, méta-analyses et essais cliniques publiés dans des revues à comité de lecture (PubMed, Cochrane Database, JAMA, The Lancet, Pain, etc.). Il ne se substitue pas à un avis médical personnalisé.